À Vichy, David LaChapelle touché par la grâce au festival Portrait(s)


Peut-on rêver plus bel écrin pour une exposition ? Jadis réservé aux curistes venus soigner leurs maux, le Grand Établissement thermal de Vichy compte désormais parmi les étapes incontournables du festival de photographie Portrait(s), qui s’empare chaque été de la « Reine des eaux ». Cette année, c’est David LaChapelle (né en 1963) qui s’est vu confier les clés de cet espace grandiose, joyau de l’architecture thermale aux accents néo-byzantins, coiffé d’une majestueuse coupole qui n’a rien à envier aux palais des Mille et Une Nuits.

Dans ce décor somptueux, sublimé par deux vastes fresques du peintre symboliste Alphonse Osbert, comme surgies d’un songe, le photographe et réalisateur américain revisite 40 ans de carrière dans une exposition flamboyante, la première depuis sa grande rétrospective présentée à la Monnaie de Paris en 2009. Quatre décennies de coups d’éclat, de glamour et de pop, d’amour, de résilience voire de résurrection – le mot n’est pas trop fort pour ce fervent catholique, qui vit et travaille le regard tourné vers l’au-delà.

Des débuts avec Andy Warhol

« J’ai commencé ma carrière en 1984 avec l’exposition ‘Good News For Modern Man’ à New York. C’était une exposition très spirituelle, profondément axée sur le Christ, la vie après la mort, la rédemption, le pardon ou encore la transcendance. Elle rappelait que notre passage ici-bas n’est que temporaire et que nous sommes tous en quête de l’éternel. C’est un sujet qui m’a toujours fasciné et qui est, je crois, la chose la plus importante dans ma vie », nous confie l’artiste, rencontré quelques heures avant l’inauguration du festival.

David LaChapelle, Debbie Harry : dreaming, Hoboken, New Jersey

David LaChapelle, Debbie Harry : dreaming, Hoboken, New Jersey, 1993

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À 63 ans, celui que l’on a longtemps surnommé – souvent à tort et à travers – « l’enfant terrible » de la photographie contemporaine semble assagi. Qu’elle semble lointaine l’effervescence du New York du début des années 1980, où il évoluait parmi la bohème de l’East Village, sa beauté et ses excès, tels que les a immortalisés Nan Goldin dans The Ballad of Sexual Dependency (1985).

« Ce titre est tellement beau… C’est vraiment une ballade, au sens d’une chanson triste. C’est toute ma vie à New York, ces années de jeunesse dans le Village. Comme j’y habitais à cette époque, je connais une partie des gens sur ces photos », se remémore-t-il avec une pointe de mélancolie mêlée à une profonde tristesse. Tout comme la photographe américaine, il verra son entourage proche décimé par l’apparition de l’épidémie de sida.

Une rencontre providentielle dans un club new-yorkais change au même moment le cours de son destin. Andy Warhol lui offre un poste de photographe au magazine Interview. Pour le jeune homme originaire du Connecticut, qui se rêvait peintre lorsqu’il était enfant, c’est le début de la gloire… mais aussi du désenchantement. « Quand j’ai commencé à travailler avec Warhol au début des années 1980, il traversait une période très creuse. Les gens ont du mal à imaginer ça. Ils pensent qu’Andy a été une superstar toute sa vie. Il était certes célèbre, mais le monde de l’art le prenait de haut. L’observer, lui et son entourage, m’a vraiment fait réaliser à quel point les gens de ce milieu pouvaient être volages. »

Les nouvelles idoles

« Les gens se tournent vers les célébrités ou le sport comme pour remplacer Dieu ; ils se créent des sortes d’idoles. C’est passionnant de témoigner de ça, à ma manière… qui est très théâtrale »

Très vite, les plus grandes stars de la planète défilent devant son objectif. Elles se retrouvent aujourd’hui réunies sur les cimaises du Grand Établissement thermal dans l’installation Vox Populi, vaste frise consacrée à ses portraits de célébrités, où l’on croise un Elton John affublé de grotesques lunettes roses, une Uma Thurman au regard mélancolique ou encore une Britney Spears érigée en allégorie de la femme-enfant. « Ce qui me fascine, c’est la façon dont on jongle entre le matériel et le spirituel, et la manière dont j’essaie moi-même de naviguer sur cette frontière. Aujourd’hui, les gens se tournent vers les célébrités ou le sport comme pour remplacer Dieu ; ils se créent des sortes d’idoles. Et pour moi, c’est passionnant de témoigner de ça, à ma manière… qui est très théâtrale », explique l’artiste.

David LaChapelle, Uma Thurman : Beaules bloom, New York

David LaChapelle, Uma Thurman : Beaules bloom, New York, 1997

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Toute la recette de son style est là : des couleurs éclatantes, des expressions dignes de la commedia dell’arte, une chair nue, presque palpable, offerte au regard dans des mises en scène souvent cocasses, où se glissent, de manière plus ou moins explicite, des références à l’iconographie religieuse.

« Juste de la beauté »

David LaChapelle compose ses clichés comme de véritables tableaux vivants, aux accents tantôt baroques, tantôt surréalistes, toujours profondément pop. À ceux qui lui reprochent d’hypersexualiser le corps des femmes, dans un contexte marqué par l’essor de l’esthétique porno chic, le photographe balaie les critiques d’un revers de main : tout est affaire de regard.

David LaChapelle, This is my house, New York

David LaChapelle, This is my house, New York, 1997

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« Je ne me suis jamais enfermé dans quelque chose ; j’ai simplement eu la liberté d’exprimer ce que j’avais envie d’exprimer sur le moment. »

« Quand je photographie une personne nue – homme ou femme d’ailleurs – ce n’est ni pornographique, ni érotique. C’est juste de la beauté. J’ai parfois utilisé l’humour et le second degré sans forcément chercher à aller très loin, simplement pour offrir une parenthèse de légèreté », se défend-il. Quitte à être incompris, comme lorsqu’en 2005, pour Vogue Italia, il photographie des mannequins au milieu de lotissements dévastés par l’ouragan Katrina. Fidèle à son approche, il brouille les pistes en mêlant le frivole et le tragique, le profane et le sacré.

« Je crois que les êtres humains ont une multitude de facettes, comme un diamant. Je ne me suis jamais enfermé dans quelque chose ; j’ai simplement eu la liberté d’exprimer ce que j’avais envie d’exprimer sur le moment, sans chercher à faire ce que les gens attendaient de moi. » Grand admirateur de la Renaissance italienne depuis l’enfance, il multiplie les hommages aux grands maîtres, en particulier à Michel-Ange. « Il est, je pense, l’artiste qui me touche le plus depuis que je suis enfant. J’adore la dimension expressive de sa peinture, sa puissance dramatique qui se traduit dans les regards ou l’expression des mains… Là où d’autres figures de la Renaissance sont plus lisses, très calmes, Michel-Ange insuffle cette intensité, ce feu et cette théâtralité. »

Kim Kardashian en Marie-Madeleine

Au milieu des années 2000, David LaChapelle s’installe à Hawaï, tournant un temps le dos aux strass et aux paillettes. C’est dans ce paradis luxuriant que son travail, désormais moins commercial, plus personnel, gagne en profondeur. Le photographe y explore autant son rapport à la nature que son propre cheminement spirituel. Qu’il rejoue La Naissance de Vénus de Botticelli au cœur d’une jungle tropicale ou qu’il immortalise Kim Kardashian sous les traits de Marie-Madeleine, l’artiste revendique cette liberté de circuler d’un univers à l’autre, dans une quête perpétuelle de beauté.

David LaChapelle, Rebirth of Venus, Hawaii

David LaChapelle, Rebirth of Venus, Hawaii, 2009

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« Cette diversité me permet de passer des figures de la pop culture à des représentations du Christ et de la Vierge. C’est ce qui nourrit mon travail et reflète ma vraie nature. Mon amour pour Dieu et l’iconographie religieuse coexiste avec ma passion pour la musique pop, la danse, le glamour et la beauté. Loin d’y voir une incompatibilité, je considère que l’ensemble de ces éléments forme le tissu de notre expérience terrestre. » La messe est dite.

Du 20 juin 2026 au 4 octobre 2026

www.ville-vichy.fr





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