Au château d’Oiron, la plus curieuse des collections d’art contemporain


Loin des itinéraires balisés des châteaux de la Loire, à une quarantaine de kilomètres de Saumur, c’est un secret bien gardé. Le château d’Oiron ne brille pourtant pas que par son histoire prestigieuse et son fabuleux patrimoine. Il contient une collection unique en France, qui se découvre avec l’excitation d’une chasse aux trésors.

En 1997, ce château Renaissance fraîchement rénové est investi, dans ses moindres recoins, par une soixantaine d’artistes contemporains, réunis sous la houlette de Jean-Hubert Martin, conservateur aussi érudit qu’audacieux. Ils ont alors pour consigne de faire revivre l’esprit des cabinets de curiosités qui régnait autrefois chez les collectionneurs de la Renaissance. Son titre : « Curios & Mirabilia » (« curiosités et merveilles »). Convoquant les sens, les installations parfois spectaculaires qui y ont pris place il y a près de 30 ans n’ont rien perdu de leur force ni de leur pertinence.

Des œuvres d’art contemporain pleines de fantaisie 

On trouvera, en déambulant, d’énigmatiques paysages de pierre paésine d’Anne et Patrick Poirier dans la salle des faïences ; dans la tour de l’Épée, une glaçante vanité de Gloria Friedmann ; dans l’escalier d’honneur, une sculpturale Corne de licorne de James Lee Byars ; dans la salle d’armes, les anti-trophées de bric et de broc de Daniel Spoerri ; dans le vestibule, une galerie de portraits d’écoliers oironnais par Christian Boltanski ; ou encore les étonnantes chimères naturalisées de Thomas Grünfeld… La liste est longue. Comptez au moins deux heures pour tout explorer.

Château d’Oiron, salle d’armes ou grande salle du Roi, « Shaman à tête de cerf » de Benoit Huot (2011) et « Misfit (mouton-autruche) » de Thomas Grünfeld (1998)

Château d’Oiron, salle d’armes ou grande salle du Roi, « Shaman à tête de cerf » de Benoit Huot (2011) et « Misfit (mouton-autruche) » de Thomas Grünfeld (1998)

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© Benoît Huto / Thomas Grünefeld, ADAGP, Paris, 2026 / Daniel Spoerri, ADAGP, Paris, 2026 / Centre des monuments nationaux / photo : Julia Andréone

D’un encyclopédisme joyeux, les œuvres nous conduisent sur le terrain de l’humour, du fantastique, de la science, de la littérature… Comme dans tout cabinet de curiosités, la surprise est de mise pour ouvrir grand les portes du savoir et de l’imaginaire. Chaque œuvre a, de plus, été pensée pour faire écho à un pan de l’histoire du château. Et comme c’est souvent le cas, celui-ci a eu mille vies.

Un joyau du patrimoine

Édifié à partir du XVIe siècle, le château d’Oiron est le fief de la famille de Claude Gouffier, grand écuyer des rois François Ier et Henri II. Ce personnage, qui aurait même inspiré à Charles Perrault son fameux marquis de Carabas, est passionné d’art. En témoigne l’exceptionnelle galerie de 55 mètres qu’il fait construire vers 1550 pour y déployer quatorze scènes de la guerre de Troie peintes par l’École de Fontainebleau. Un chef-d’œuvre !

Château d’Oiron, salle d’armes ou grande salle du Roi

Château d’Oiron, salle d’armes ou grande salle du Roi

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© Daniel Spoerri, ADAGP, Paris, 2026 / Centre des monuments nationaux / photo : Éric Sander

Dans sa collection figurent également des tableaux de maître tels que Saint Jean-Baptiste au désert (vers 1516) de Raphaël et le célèbre Portrait de Jean II Le Bon (1355–1360), tous deux désormais au Louvre. Au fil des siècles, le château des Gouffier est remanié et, en 1700, passe aux mains d’une autre grande mécène : Madame de Montespan. La favorite de Louis XIV tombée en disgrâce y finira paisiblement ses jours.

Un lieu pionnier

Après des décennies d’abandon, Oiron est classé monument historique en 1923 puis acheté en 1941 par l’État qui entreprend, enfin, un vaste chantier de restauration jusque dans les années 1990. Pas question de remplir les pièces avec du mobilier d’époque récupéré ici et là, comme il est souvent d’usage. Une idée complètement neuve émerge : faire intervenir des artistes contemporains pour redonner vie à ce château endormi.

Porte flamande et allée conduisant au Château d’Oiron

Porte flamande et allée conduisant au Château d’Oiron

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© Centre des monuments nationaux / photo : Philippe Berthé

Si l’exemple d’Oiron a depuis été suivi par de nombreuses institutions – pensez au château de Chaumont qui accueille régulièrement de l’art contemporain entre ses murs –, il reste lui-même un lieu largement méconnu, et ce, malgré ses expositions temporaires régulières. Cet été, il présente par exemple des clichés très punk de la photographe Karen Knorr. À l’automne, la collection permanente s’enrichira également, dans la tour de l’Épée tout juste restaurée, de six nouvelles œuvres issues de la donation du collectionneur Antoine de Galbert, bien connu pour sa regrettée fondation parisienne La Maison Rouge. Une nouvelle bonne raison, s’il en fallait, de se laisser surprendre par ce si singulier château.

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Karen Knorr. No future

Du 26 juin 2026 au 1 novembre 2026

www.chateau-oiron.fr





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