l’installation monumentale en terre crue de Delcy Morelos à découvrir à Bruxelles


C’est d’abord une odeur de cannelle qui nous enveloppe, douce et boisée, quand on passe les portes du vestibule Art déco de Bozar. L’artiste colombienne Delcy Morelos (née en 1967) aime à dire que son œuvre entre dans le corps du public par les narines ! Des effluves qui nous guident jusqu’à une vaste pyramide de terre crue, dans laquelle il faut pénétrer pieds nus.

Marquée par son travail à la Biennale de Venise en 2022, Zoë Gray, directrice des expositions à Bozar, a invité l’artiste à créer une œuvre monumentale dans le hall Horta de l’institution bruxelloise. Uterus in Uterus, architecture dans l’architecture, faite uniquement de matériaux organiques, s’inscrit dans la série Bozar Monumental, et est visible gratuitement jusqu’au 30 août.

L’argile rouge de Wallonie

Seules huit personnes peuvent entrer simultanément dans la gigantesque installation trapézoïdale de Delcy Morelos, structurée par des panneaux de noisetiers habillés de torchis. La lumière naturelle de la grande verrière qui la surplombe rehausse ses dimensions monumentales – 14 mètres de long, 9 mètres de large et 4 mètres 40 de haut. Huit tonnes d’argile et de sable ont été nécessaires à sa réalisation, un travail mené avec BC materials qui recycle des matériaux locaux et biosourcés.

Portrait de Delcy Morelos

Portrait de Delcy Morelos

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photo : Maddalena Gussetti

Il s’agit ici d’une argile rouge de Wallonie, celle que l’on retrouve dans les briques terracotta typiques des maisons belges. « L’artiste privilégie toujours les matériaux locaux des lieux dans lesquels elle expose » précise la curatrice Emma Dumartheray. Mais on se sent bien loin de Bruxelles, ou d’une institution culturelle, lorsque l’on foule pieds nus la terre humide et fraîche que Delcy Morelos a choisie.

Se lier à la terre par une immersion sensorielle

La faible hauteur du couloir d’entrée contraint à se courber légèrement : « se baisser pour entrer, c’est un peu l’ego qui s’en va, parce que l’ego nous empêche de regarder, communiquer avec l’autre (…) Être en contact avec la terre est ce qu’il y a de plus immédiat, nous nous nourrissons d’elle », explique l’artiste. Arrivé au cœur de l’œuvre, on se sent protégé par ces hautes murailles de terre crue, qui invitent au recueillement, à l’introspection.

« Uterus in Uterus » (2026) de Delcy Morelos à Bozar

« Uterus in Uterus » (2026) de Delcy Morelos à Bozar

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photo : Maddalena Gussetti

L’artiste tient aussi à ce que le public puisse caresser délicatement cette surface, entrer en contact avec elle par tous les sens. « On la piétine, on la dénigre, on fait de l’exploitation minière qui pollue, on pratique des cultures intensives, on y verse des produits chimiques. J’aimerais que les visiteurs fassent l’expérience d’être sur la terre, de la sentir autrement ».

Une matrice pour apprécier l’invisible

« Nous ne sommes jamais sortis de l’utérus de la terre, nous sommes toujours dans la terre. »

Delcy Morelos est née à Tierralta, dans la région caraïbe de la Colombie. Le territoire luxuriant est marqué par le conflit armé entre guérillas et groupes paramilitaires. L’artiste évoque avec émotion les décennies de violence incorporée par ses habitants. Formée aux Beaux-Arts de Carthagène, elle se tourne initialement vers la peinture, mais déjà avec une prédilection pour les pigments naturels. Avant d’explorer d’autres « matériaux vivants », faisant de la terre crue l’expression mouvante de son art et une manière d’honorer les savoirs ancestraux.

Plongée dans « Uterus in Uterus » (2026) de Delcy Morelos

Plongée dans « Uterus in Uterus » (2026) de Delcy Morelos

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photo : Maddalena Gussetti

Formellement, on peut distinguer trois inspirations dans Uterus in Uterus : les malocas amazoniennes, les pyramides méso-américaines ou les mastabas égyptiens. Mais ce que l’on expérimente ici, est moins un manifeste de l’architecture publique qu’une introduction à l’animisme des communautés autochtones amazoniennes que l’artiste a rencontrées.

« Il y a un anthropocentrisme qui fait que l’homme croit en ce qu’il peut voir et regarder, et pas au reste. Il ne croit pas à l’intelligence et à la sensibilité des animaux. Il ne peut pas voir la sensibilité et l’intelligence des plantes ». Une convocation des mondes invisibles, de leur force sensuelle et de leur puissante énergie, qu’on pourrait effleurer en s’immergeant dans cette œuvre. Et l’artiste de rappeler : « nous ne sommes jamais sortis de l’utérus de la terre, nous sommes toujours dans la terre ».

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Delcy Morelos. Bozar Monumental

Du 28 juin 2026 au 30 août 2026
Uterus in Uterus





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