C’est un hasard ahurissant. Quelques semaines seulement avant le vol des joyaux de la Couronne de France au Louvre le 19 octobre dernier, l’artiste Louise Vo Tan (née en 1996) se rend grâce à une amie au musée, un jour de fermeture, et filme les bijoux. « Au début, nous raconte-t-elle, je n’avais pas forcément de projet défini. J’ai surtout saisi l’occasion d’aller au Louvre un jour de fermeture. »
Depuis ses études aux Beaux-Arts de Paris et en philosophie à la Sorbonne, la jeune femme s’intéresse en effet « aux endroits ou aux objets relevant d’une symbolique qui s’apparente au pouvoir ». Tels que le Banc national d’épreuve de Saint-Étienne, l’unique centre en France habilité à neutraliser et détruire les armes à feu, où elle travaillé pour créer un captivant projet filmique intitulé Soft Power. Coïncidence troublante, elle sera bientôt reçue en résidence dans l’antre ultra-secret de la Banque de France – là où ont été mis en sécurité les bijoux du musée du Louvre… « Mais je ne cherche pas du tout à les suivre », précise-t-elle dans un sourire.
« Un symbole qui périt »

Portrait de Louise Vo Tan
© Courtesy de Bremond Capela et Louise Vo Tan / Photo Solenne Brianchon
Le jour de sa visite au musée, elle a en tout cas en tête un « souvenir marquant de ces choses précieuses » découvertes lorsqu’elle était petite, et qu’elle souhaite revoir. Sur le moment, elle n’a que quelques minutes pour faire son affaire, seule dans la galerie d’Apollon. « J’étais très excitée, c’était assez unique comme moment ! Ma respiration était saccadée, je filmais à l’épaule… Je ressentais beaucoup d’adrénaline car j’avais une petite fenêtre de tir. » Mais quelques semaines plus tard, catastrophe : le vol fait la une des journaux du monde entier, et métamorphose complètement cette matière première.
« Au début, je me suis dit : c’est mort. C’était devenu très dur de réfléchir à une forme qui ne relève pas du sensationnel. Même si le fait divers me plaisait, là, c’était trop gros ! Alors il m’a fallu du temps pour prendre du recul, pour ne plus être dans cette analyse millimétrée autour du vol. Je voulais parler de ces bijoux comme d’un symbole qui périt, ce qu’on regarde n’est plus ce que ça a été. »
Un trésor légendaire
En faisant des recherches « sur des histoires de fantômes », elle tombe sur l’histoire d’un trésor perdu à Belle-Île-en-Mer, après le naufrage du navire Prince-de-Conty au large du Morbihan en décembre 1746. « Beaucoup de plongeurs ont essayé de le retrouver, et ont alimenté l’imaginaire de ce trésor enfoui. » Elle ne connaît pas bien la région, mais est stupéfaite, en s’y rendant, de constater à quel point l’île est « mystique ». « Il y a des gens qui disparaissent en étant emportés par le vent sur le chemin côtier, on a vraiment la sensation d’être au bord du vide ! »

« Keep it Close » de Louise Vo Tan, une installation immersive et holographique des objets les plus recherchés au monde, 2026
Courtesy Bremond Capela et Louise Vo Tan / Photo Aliaksandra Kaldunova
« Ce que l’on voit, c’est un fantôme, le reflet d’une source lumineuse. »
Louise Vo Tan
Elle en parle alors à Martin Bremond, son galeriste, qui lui signale La Sirène, une toute petite maison en bord de falaise, où l’on soufflait autrefois dans une corne de brume pour mettre en garde les marins contre le brouillard, et qui est devenu un espace culturel. L’endroit parfait pour stimuler la jeune femme ! Elle développe alors un dispositif permettant de regarder par une lorgnette un reflet des bijoux sur une plaque de plexiglas (« ce que l’on voit, c’est un fantôme, le reflet d’une source lumineuse »). Et ce, uniquement de 19h jusqu’à 22h30, au moment du coucher du soleil.

« Keep it Close », Louise Vo Tan fait ressurgir les bijoux de la Reine, ces pièces inestimables disparues du Louvre l’automne dernier lors du « casse du siècle », 2026
Courtesy Bremond Capela et Louise Vo Tan / Photo Aliaksandra Kaldunova
Autour, il n’y pas de panneau, pas de cartel, pas d’explication (si ce n’est un petit QR code) ; l’œuvre est aussi discrète que remarquable. « Il y a déjà une rumeur qui court, des gens racontent que les bijoux sont dans la Sirène », s’amuse l’artiste. « Mais c’est tout à fait adapté, une rumeur relève du fait divers. » Inauguration ce dimanche 12 juillet, en présence de Louise Vo Tan.
Louise Vo Tan. Keep It Close
Du 4 juillet 2026 au 23 août 2026
La Sirène • 56360 Bangor
Poster un Commentaire