7 expos à voir absolument


Depuis sa création en 1970, le festival des Rencontres d’Arles ne cesse de se renouveler au rythme des mutations de la photographie. Si le classique noir et blanc y a encore sa place, les travaux expérimentaux, les œuvres mixant les médias et les installations font une percée notable, tout comme l’intelligence artificielle qui devient un outil – presque – comme un autre.

En cette année où l’on fête le bicentenaire de la première image fixée durablement par Nicéphore Niépce, la 57e édition offre un riche aperçu de la manière dont le médium se réinvente de génération en génération. Sous l’intitulé « Des mondes à relire », la quarantaine d’expositions réunies par Christoph Wiesner et Aurélie de Lanlay invite à scruter le passé et le présent pour reconsidérer nos certitudes. Que ce soit à l’aune de grandes figures du XXe siècle – Edward Steichen, William Klein, Harry Gruyaert, Martine Barrat –, de points de vue contemporains – Bruno Boudjelal, Anne-Lise Broyer ou Clément Cogitore –, d’émergents à travers le prix Découverte de la fondation Louis Roederer ou de stars avec la présentation des images de Charlotte Gainsbourg et du réalisateur sud-coréen Park Chan-wook.

Sans oublier les collections de la Fnac et de Christian Lacroix, ainsi que les fonds vernaculaires, comme les diapositives de The Anonymous Project à partir desquelles le duo Lee Shulman et Omar Victor Diop fait œuvre. La traversée dans la diversité du médium est aussi géographique. Cap sur l’Algérie, le Liban et bien d’autres pays dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026. Et sur l’Afrique avec des expositions questionnant la mémoire, l’héritage et l’identité au Ghana, en Côte d’Ivoire ou en Afrique du Sud.

Enfin, la programmation 2026 est aussi une ode au végétal et à l’animal en tant que sujet, et plus largement au biologique comme faisant partie intégrante du processus créatif. 200 ans après sa naissance, la photographie est plus vivante que jamais !

1. L’Afrique sous les flashs

Rita Mawuena Benissan, Her reign in colour

Rita Mawuena Benissan, Her reign in colour, 2025

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© Carlos Idun-Tawiah / Courtesy Galleria Alta, Anyós, Andorre. Courtesy Rita Maweuna Benissan et Gallery 1957, Accra.

Coup de projecteur sur la photographie africaine avec trois expositions dont une consacrée au Ghana, l’un des premiers pays d’Afrique de l’Ouest à avoir obtenu son indépendance en 1957. Axée sur les deux décennies suivantes, la présentation examine la place de la photographie dans l’élaboration de l’identité de la jeune nation. Imprimée sur des tissus, billets de banque, timbres, cartes postales ou magazines, l’image est alors partout, à la fois témoin et vitrine du renouveau de la nouvelle démocratie. Celle-ci passionne au-delà des frontières du pays, notamment des photographes comme Paul Strand.

Installé au Ghana, l’Américain Willis Bell travaille quant à lui en collaboration avec l’écrivaine ghanéenne Efua Sutherland. La commissaire d’exposition Damarice Amao, conservatrice au Centre Pompidou, elle-même d’origine ghanéenne, fait dialoguer le passé et le présent en croisant leurs visions avec celles d’artistes nés dans les années 1990. Parmi eux, Rita Mawuena Benissan redonne vie aux symboles de l’identité ghanéenne par la broderie et Carlos Idun-Tawiah invente les « images manquantes » à travers des mises en scènes reprenant l’esthétique, la mode et les décors des années 1960–1970.

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Ghana ! – Rêver l’indépendance 1957-1976

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Paul Kodjo. Photo Romance

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Sammy Baloji. Paysage prisme : une traversée katangaise

2. Meghann Riepenhoff réinvente le cyanotype

Meghann Riepenhoff, Radiation adaptative n°1 (Hanford reach, Washington, États-Unis)

Meghann Riepenhoff, Radiation adaptative n°1 (Hanford reach, Washington, États-Unis), 23/05/2025

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Eau de rivière, femme de référence, agent de référence • Série State Shift 2024–2025 • Courtesy Meghann Riepenhoff.

Si photographier, c’est écrire avec la lumière, pour Meghann Riepenhoff, c’est composer avec les éléments naturels. De concert avec le vivant, l’Américaine née en 1979 réinvente le cyanotype, un procédé sans appareil photo datant du XIXe siècle. Ici, ce sont les vagues, la pluie, le vent et les sédiments qui créent l’image par contact direct avec les surfaces sensibles qu’elle installe dans des environnements naturels, Grand Lac Salé (Utah) ou Hanford Reach (Washington). En grand format ou en polyptyques monumentaux, ces empreintes de paysages donnent littéralement à voir l’œuvre même de la nature. Des nuances de bleu, brun et blanc à lire comme autant de signes à déchiffrer avec son imaginaire.

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Meghann Riepenhoff. Lame de fond

3. Redécouvrir William Klein

William Klein, Collage pour le film Mister Freedom

William Klein, Collage pour le film Mister Freedom, vers 1967

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Courtesy Studio William Klein et William Klein Estate.

Peintures, dessins, photogrammes, et bien sûr films et photographies – dont des contacts peints originaux –, cette rétrospective réenvisage l’œuvre de l’Américain William Klein à l’occasion du centenaire de sa naissance. Parmi les 200 pièces issues de ses archives conservées en France où il a vécu à partir de 1947, nombreux sont les inédits et les raretés, comme la maquette originale de son fameux livre New York (1956). Couvrant la période 1950–1990, l’exposition fait la part belle aux années 1960, « décennie de la maturité » selon la commissaire d’exposition Raphaëlle Stopin.

C’est aussi celle où William Klein est le plus critique à l’égard de la société américaine. Cela s’exprime notamment au travers des personnages fictifs qu’il crée pour ses films, dans Qui êtes-vous Polly Maggoo ? – pour démystifier le monde de la mode – et Mister Freedom, avec un superhéros aussi vulgaire que ridicule. Visionnaire, William Klein a montré le revers de l’Amérique. Particulièrement lucide, il n’a jamais envisagé son pays comme une terre de rêve.

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William Klein. This Way to Heaven

4. Vigilance industrielle

Michel Crépin, Couverture du magazine Vigilance, n°41, un monsieur et ses gants isolants

Michel Crépin, Couverture du magazine Vigilance, n°41, un monsieur et ses gants isolants, septembre 1

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C’est désormais une habitude, chaque édition des Rencontres d’Arles est l’occasion de sortir de l’anonymat des archives inédites. Cette année, plongée dans Vigilance, un magazine destiné au personnel technique d’EDF qui naît en 1953. Axé sur la prévention et la sécurité, son objectif est de faire diminuer le nombre d’accidents mortels au sein de l’entreprise. Ainsi, la revue fait la part belle à la photographie pour illustrer, à la manière de tutos visuels, les postures à adopter, les équipements à utiliser et les procédures à suivre. De la nature morte à des mises en scène en situation, ces images ont aujourd’hui un parfum d’étrangeté. Après deux ans d’enquête, Arthur Mettetal, historien expert en gestion de fonds d’archives d’entreprises, a choisi de les associer à des vues de grands ouvrages industriels – centrales et barrages – qui, elles aussi, dépassent le cadre du simple document.

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Vigilance. Le travail sous tension

5. Les bactéries en vedette

Lara Tabet, Le corps vitré, gare Arenc Méditerranées

Lara Tabet, Le corps vitré, gare Arenc Méditerranées, 2026

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Courtesy Lara Tabet et BMW Art Makers.

Plutôt que de témoigner des enjeux environnementaux en photographiant le paysage, Lara Tabet agit en médecin biologiste, sa formation initiale. Pour sa série intitulée « Le Corps vitré », la Libanaise lauréate du programme BMW Art Makers 2026 avec sa curatrice Yasmine Chemali ausculte la région de Marseille, où elle vit, à partir de prélèvements d’eau de l’estuaire de l’Huveaune. Une fois développées sur des films photographiques, puis imprimées sur verre, les bactéries dessinent un paysage abstrait donnant à voir l’écosystème de manière inédite.

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Lara Tabet / Yasmine Chemali. Le corps vitré

6. Futurs garantis sans IA

Henriette Sabroe Ebbesen, Lust

Henriette Sabroe Ebbesen, Lust, 2019

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série Feminine Development • Courtesy Henriette Sabroe Ebbesen Courtesy Eli Craven et Kant Gallery, Copenhague, Palma de Majorque.

Lauréate de la bourse de recherche curatoriale 2024 organisée par le festival, Alessandra Chiericato a réuni huit artistes nés entre 1946 et 1994 qui ont recours au geste et à l’expérimentation. Son parti pris : ni manipulation numérique ni intelligence artificielle, mais une exploration tout en sensibilité et presque charnelle du monde. Que ce soit Henriette Sabroe Ebbesen (née en 1994) avec un miroir déformant, Lucile Boiron (née en 1990) grâce à des gros plans ou Eli Craven (né en 1979) par le collage, tous déjouent la part mécanique du médium et intègrent l’aléatoire dans leur processus créatif. Sur béton, céramique ou tissu, en vidéos, sculptures ou installations, l’image devient un corps organique autonome qui dévore le réel au lieu de le représenter. Et dans la chapelle de la Charité, le parcours se fait procession.

7. Des fleurs pour Edward Steichen

Lisa Oppenheim, Madame Steichen version VIII

Lisa Oppenheim, Madame Steichen version VIII, 2025

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Courtesy Lisa Oppenheim et Tanya Bonakdar Gallery, New York, Los Angeles.

Parallèlement à l’exposition monographique consacrée à Edward Steichen (1879–1973) à découvrir dans le même lieu, Lisa Oppenheim (née en 1975) rend hommage à l’Américain qui fut successivement peintre et photographe avant de devenir conservateur au département du Museum of Modern Art de New York de 1947 à 1962. L’une des séries de l’Américaine fait revivre, grâce à l’intelligence artificielle, une variété d’iris aujourd’hui disparue. Celle-là même qui fut créée en 1910 par un botaniste français pour honorer Steichen qui était passionné de fleurs. Pour la réalisation des tirages, Lisa Oppenheim a eu recours au dye-transfer, une technique expérimentale utilisée par le photographe pour l’impression de ses images en couleur dans les années 1930–1940. La boucle est bouclée, l’image est un éternel recommencement.

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Lisa Oppenheim. Monsieur Steichen

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57e édition des Rencontres d’Arles

Du 6 juillet 2026 au 4 octobre 2026
en divers lieux d’Arles.

www.rencontres-arles.com





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