À Pantin, des artistes investissent le plus grand cimetière d’Europe


Drôle d’endroit pour une rencontre. Et pourtant, c’est bien dans un cimetière que deux commissaires d’exposition, Patrice Chazottes et Inès Massonie, nous invitent à venir découvrir gratuitement les œuvres d’une vingtaine d’artistes, d’Andy Warhol à Gaëlle Choisne en passant par Bianca Bondi et Laurent Grasso.

Certains sont résidents de Poush, ce grand vivier d’ateliers d’artistes installé dans un ancien immeuble de bureaux à Aubervilliers, d’autres non. Il faut dire ici que le cimetière dit « de Pantin » relie les deux communes, au point qu’on peut le traverser, à pied ou en vélo, pour aller sans embouteillages de l’une à l’autre.

Une expo dans un immense cimetière

D’ailleurs, disons-le d’emblée : le cimetière de Pantin mérite à lui seul le détour. Il est, et l’on s’en rend compte tout de suite, le plus grand de France, d’Europe même, et le septième au niveau mondial. Créé en 1886 pour accueillir les dépouilles des Parisiens, il s’étend sur un peu plus de 107 hectares (à titre de comparaison, le Père-Lachaise n’en compte que 43 !), et offre un poumon de verdure au cœur de la Seine-Saint-Denis.

Didier Fiúza Faustino, Knock Knock Knock

Didier Fiúza Faustino, Knock Knock Knock, 2026

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C’est donc dans ce décor extrêmement étonnant, où s’alignent près de 145 000 sépultures, que se visite jusqu’à l’hiver l’exposition « Demeure ». Les œuvres sont disséminées sur une allée d’un kilomètre, et occasionnent une balade au vert, sous les arbres centenaires.

Des œuvres très différentes en dialogue avec les lieux

Tilhenn Klapper, Shapeshifters, vol I

Tilhenn Klapper, Shapeshifters, vol I, 2026

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Dès l’entrée (côté Aubervilliers), des néons enflammés de Laurent Grasso éclairent le pavillon d’accueil d’une intrigante lueur rouge et ouvrent le parcours. On le constate vite, les artistes interagissent tous de façon différente avec ce contexte particulier. Thibault Lucas a conçu sa sculpture à partir de matériaux récoltés dans le cimetière. Julien Salaud s’est intéressé à la faune qui le parcourt.

Charbel-joseph H. Boutros a gravé sur une dalle en granit le nom du tout premier visiteur de l’exposition, le soir de l’inauguration ; il inscrira celui du dernier pour sa clôture. Max Fouchy fait apparaître des yeux ouverts dans la pierre. Tilhenn Klapper suspend des sculptures évoquant des chauve-souris dans les arbres. Gaëlle Choisne érige un Autel en signe de résistance. Garance Butler-Oliva s’est inspirée d’un rituel juif, Valentine Prissette du motif d’une couronne mortuaire.

L’ensemble n’est, bien sûr, ni morbide, ni glauque. Il rend possible l’imaginaire dans un cimetière, fertilise ses sols en y faisant pousser des œuvres, rappelle enfin que l’endroit est un poumon de verdure et de vie sauvage, mais aussi de rituels et de déférence. À voir.

Du 30 mai 2026 au 15 novembre 2026

poush.fr





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