À Malte, le peintre Reggie Burrows Hodges investit le MICAS


Une telle générosité n’est pas commune. Il est même rare qu’un artiste décide, presque sur un coup de tête, de déménager loin de chez lui pour s’installer provisoirement dans le pays qui l’invite – alors que rien ne l’y oblige – et d’y prendre un atelier, sans bénéficier d’aucune aide, pour produire des œuvres qui parleraient de ses paysages et ses habitants, de sa lumière et de sa végétation. C’est pourtant ce qu’a fait Reggie Burrows Hodges (né en 1965), lorsque Edith Devaney, directrice artistique du MICAS à Malte, lui a proposé d’exposer entre les murs du futur musée d’art contemporain de l’île, qui n’était encore qu’un projet en chantier.

Alors que la directrice s’attendait à ce que l’artiste ne reste que quelques jours sur place, pour visiter les principaux lieux touristiques et prendre le pouls de La Valette, Reggie Burrows Hodges a choisi de quitter son atelier du Maine aux États-Unis pour s’établir sur le port de la ville, et y travailler sans relâche durant une année entière.

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De ces mois studieux, il a tiré toutes sortes de formats, certains de très grande taille, mais aussi d’innombrables dessins, croquis rapides exécutés dès qu’il en avait l’occasion. Son exposition est donc plus qu’une réunion d’œuvres récentes ; elle est le récit d’une année à part, passée à observer un peuple, une île, des habitudes, des goûts, des corps courbés sur leur ouvrage.

Une inspiration née de Caravage autant que d’un bâtiment contemporain

Or, Malte n’est pas un pays comme les autres. Malgré sa petite taille, La Valette est connue pour conserver dans ses rues le plus grand nombre de monuments historiques au mètre carré au monde – soit 320 monuments pour 55 hectares de ville ! Sa cathédrale baroque renferme également deux chefs-d’œuvre de Caravage, venu sur l’île pour fuir sa condamnation à mort : Saint Jérôme écrivant et La Décollation de Saint Jean-Baptiste (1608). Consciente de l’inspiration qu’ils pouvaient incarner pour un peintre, Edith Devaney les a montrés à Reggie Burrows Hodges dès son arrivée sur l’île, puis l’a emmené sur le chantier du musée, quelques mois avant son ouverture officielle.

Vue de l’exposition Reggie Burrows Hodges: Mela au Malta International Contemporary Art Space (MICAS)

Vue de l’exposition Reggie Burrows Hodges: Mela au Malta International Contemporary Art Space (MICAS)

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Photography by Julian Vassallo

Spectaculaire, celui-ci s’élève au-dessus des fortifications de l’Ospizio, un bâtiment du XVIIe siècle qui s’intègre aujourd’hui parfaitement à sa structure orthogonale. Il a été conçu par l’agence d’architecture Ipostudio, laquelle a eu l’idée de faire flotter le plafond en porte-à-faux au-dessus des anciennes fortifications, tout en l’entourant de verre. Tour de force technique, le musée s’adapte donc à la forte déclivité du terrain et se visite en descendant des escaliers, tandis que le regard embrasse l’immensité de son volume.

Des toiles marquées par les habitants et les paysages de Malte

Le MICAS se prête donc particulièrement bien à l’exposition d’œuvres monumentales, et Reggie Burrows Hodges en a très vite eu l’intuition. Même s’il confie avoir été quelque peu « intimidé » par sa rencontre avec les œuvres de Caravage, celles-ci l’ont incité à réfléchir à la conception de Mamajamma, l’œuvre la plus impressionnante de l’exposition, un grand format de huit mètres de long qui, précise-t-il en riant, a demandé des trésors d’inventivité pour son accrochage en hauteur. Mamajamma reprend des éléments vus chez Caravage : l’action principale est concentrée sur le côté de la toile et des personnages en retrait observent la scène. Captivé par l’intérêt fervent des Maltais pour le water-polo, l’artiste en a fait le sujet de cette œuvre monumentale où pointe une réflexion sur le sport comme « nouvelle religion » des temps actuels : « C’est évident quand on allume un écran et qu’on voit 100 000 personnes se rassembler pour accomplir ce rituel, et vénérer le sport ».

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L’ensemble de ces visions composent un poème très personnel en forme d’hommage à Malte.

Avant cela, peuplées de silhouettes sombres dont l’anonymat permet selon lui à « à chacun de se voir dans ces personnages, qui deviennent des substituts de l’humanité dans ce qu’elle a de plus pur », les premières peintures de l’exposition racontent les corps au travail sur l’île : des pêcheurs, des ouvriers, mais aussi certaines personnes de l’équipe du musée. Leur succède un poignant chapitre intitulé « La Bouée » et composé de troublants paysages de la mer Méditerranée. Le titre traduit, selon l’artiste, un besoin vital de « garder la tête hors de l’eau » ; il y a en effet quelque chose d’ambigu dans ces paysages ensoleillés puisque Reggie Burrows Hodges débute toutes ses peintures par un fond noir, sur lequel il applique des couleurs qui demeurent sourdes malgré leur intensité.

Une œuvre totale témoignant d’une expérience unique

L’ensemble de ces visions composent un poème très personnel en forme d’hommage à Malte ; elles incarnent aussi le désir de l’artiste de s’inscrire dans le volume du bâtiment, de jouer avec ses percées, son horizontalité (les rares cimaises sont flottantes, suspendues au plafond) mais aussi la verticalité de ses espaces en descente, et de composer une œuvre totale.

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Un grand journal maltais, Reggie Burrows Hodges insistant aussi sur son amour de l’improvisation, autrement dit de l’adaptation constante à ce qui l’entoure, à l’humeur du jour. L’exercice demeure exemplaire ; il montre comment un artiste peut transformer une simple invitation en expérience de vie, dans un monde de l’art où tant de propositions peuvent paraître déracinées et sans aucun lien avec le contexte local.

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Reggie Burrows Hodges. Mela

Du 9 mai 2026 au 30 août 2026

micas.art





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