La star est de retour ! Après plus de trois siècles d’exil doré, la Vénus revient aujourd’hui à Arles, non pour s’installer durablement, mais seulement pour un « passage » – formule expressément choisie en titre de la nouvelle expo du musée départemental Arles antique, entre transit céleste et cheminement aux sources.
L’histoire de cette statue romaine du Ier siècle avant J.-C., copie d’un original attribué au sculpteur grec Praxitèle, a quelque chose qui tient du roman picaresque. Exhumée en 1651 en quatre fragments dans les vestiges du théâtre antique d’Arles, la Vénus séduit immédiatement. Offerte à Louis XIV, qui l’aurait qualifiée de « plus belle femme du royaume », elle est restaurée par le sculpteur François Girardon – lequel lui ajoute des bras et place une pomme dans sa main droite, en référence au jugement de Pâris. Puis la déesse est exposée dans la galerie des Glaces à Versailles, avant de rejoindre le Louvre en 1798, peu après son ouverture en tant que musée.
De la naissance de Vénus à son triomphe
Comment aborder Aphrodite sans tomber dans le catalogue scolaire ? « Nous avons beaucoup discuté avec Jean de Loisy, également commissaire de cette exposition », confie Ludovic Laugier, conservateur en chef des sculptures grecques au Louvre, lequel a formé un tandem avec Romy Wyche, directrice du musée d’Arles. Conçu à plusieurs mains, leur parcours se déploie en huit séquences imbriquées, qui frayent jusque dans les salles des collections permanentes, en partant depuis la naissance marine d’Aphrodite jusqu’à son triomphe incarné par la Vénus d’Arles, en passant par la puissance de son regard, la force de ses parures et la vitalité de son corps.

Copie de la Vénus d’Arles, XVIIIe siècle
Surmoulage en plâtre • H 58 cm • © Rémi Benali / MDAA
La chair de Vénus est bien plus qu’une enveloppe : « Ce n’est pas un corps livré ou fragile. Ses attributs physiques constituent ses armes, c’est par là qu’elle exerce sa force et qu’elle provoque les accouplements. C’est vraiment le vecteur de sa puissance », insiste Ludovic Laugier. Pour illustrer cette lecture, l’accrochage convoque une série de sculptures dans des postures variées – debout, au bain, accroupie – dont une Aphrodite hellénistique venue de Basse-Égypte qui sommeillait dans les réserves du Louvre, et la Venus de Capoue, prêtée par le musée archéologique de Naples.
Échos dans l’art contemporain
« En faisant dialoguer l’art antique avec des interprétations contemporaines, on révèle combien Vénus demeure une figure de liberté, d’émancipation et de réflexion sur le désir et la condition humaine. »
Romy Wyche
L’exposition brille par la finesse de ses dialogues entre l’antique et le contemporain. Foulons les rives d’une installation de Bianca Bondi, tout en sel de Camargue, coquillages, miroirs et parures. Évoquant les cultes chypriotes et les offrandes anciennes, l’œuvre fait écho à une Vénus anadyomène (sortie des eaux) du musée de Lyon voilée par la nageoire d’un dauphin. Non loin, Gustave Moreau voisine avec Auguste Rodin, dont les assemblages font jaillir des corps féminins depuis des vases antiques.

Vue de l’exposition « Le Passage de Vénus », 2026
Au total, seize artistes modernes et contemporains de premier plan (Niki de Saint Phalle, Annette Messager, Michelangelo Pistoletto, Wim Delvoye…) entrent en conversation avec les marbres et les bronzes. « En faisant dialoguer l’art antique avec des interprétations contemporaines, on révèle combien Vénus demeure une figure de liberté, d’émancipation et de réflexion sur le désir et la condition humaine », affirme Romy Wyche.
Man Ray, lui, s’empare d’une tête de Vénus maquillée en 1932 pour faire la réclame des cosmétiques Elizabeth Arden dans les magazines sur papier glacé. Dans la vidéo In the Mirror, Chantal Akerman renverse le point de vue en filmant en noir et blanc une Vénus en petite culotte qui se parle, nous parle, en se regardant dans le miroir. Entre critique et fascination, Andy Warhol reproduit la Vénus de Botticelli jusqu’à l’épuisement de l’image à l’ère de sa reproductibilité.

Man Ray, Tête de Venus maquillée (publié dans la revue Fémina 1932 pour l’article La science de la beauté)
© Man Ray Trust / ADAGP / © Ville de Marseille, Dist. GrandPalaisRmn presse / David Giancatarina
La deuxième section de l’exposition se poursuit dans les collections permanentes du musée, où l’on creuse les contradictions du mythe. Les Guerrilla Girls rappellent que moins de 5 % des artistes dans les sections d’art moderne des grands musées sont des femmes, quand 85 % des nus sont féminins. ORLAN, Douglas Gordon et Laure Prouvost dénoncent la construction patriarcale du modèle tandis que Simone Leigh affirme la possibilité d’une féminité non occidentale aux hanches larges comme des corbeilles. Vénus est la reine des métamorphoses, toujours capable de nous troubler.
Un espace pédagogique pour creuser encore
Pensée comme un espace de médiation immersif et participatif, « Moi, la Vénus d’Arles » parachève cette visite en plongeant – au gré d’archives, de dispositifs interactifs avec une IA, de podcasts et de jeux – dans la riche histoire de cette statue aux identités multiples, qui fut « Diane » à sa découverte, « Vénus » à Versailles, « Aphrodite » au Louvre. Et enfin, l’éternelle Arlésienne des Arlésiens !
Le Passage de Vénus
Du 24 avril 2026 au 31 octobre 2026
Musée départemental Arles antique • Presqu’île du Cirque Romain • 13200 Arles
www.arles-antique.departement13.fr
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