Au CAPC de Bordeaux, Trevor Yeung illumine nos vœux


Depuis la création du CAPC de Bordeaux en 1973, l’exercice a attiré de nombreux artistes qui s’en sont donné à cœur joie. Investir les 1 000 m2 de la nef de cet ancien entrepôt de denrées coloniales a inspiré à Leonor Antunes l’idée de recouvrir entièrement le sol de liège et de laiton, Kapwani Kiwanga a suspendu au plafond d’interminables rideaux de perles bleues, Samara Scott a divisé l’espace en deux en tendant une gigantesque bâche au niveau des arcades…

Mais personne, jusqu’ici, n’avait encore permis aux visiteurs de grimper jusqu’au plafond du monument, pour en frôler les plus hautes briques. Trevor Yeung (né en 1988) s’en est fait un plaisir : en collaborant avec une entreprise d’échafaudages, l’artiste hongkongais propose désormais au public de faire l’ascension d’un escalier monumental, pour s’élever – attention au vertige ! – et découvrir la nef depuis le plus haut point de vue possible.

Un gigantesque arbre à vœux comme méditation sur notre rapport à la nature

Chaque ascension est accompagnée par une délicate symphonie de clochettes, accrochées sur la structure. Celle-ci a été « pensée comme un double arc-en-ciel  », nous indique Cédric Fauq, commissaire de l’exposition. Car du gris initial de l’échafaudage, il ne restera progressivement plus rien : à l’entrée du CAPC, chacun a reçu un petit ruban, dont la couleur correspond au jour de la semaine, et est invité à nouer un vœu sur l’œuvre, comme on le ferait sur un arbre à vœux traditionnel.

Vue de l’exposition « Trevor Yeung. Jardin des neuf soleils » au CAPC de Bordeaux

Vue de l’exposition « Trevor Yeung. Jardin des neuf soleils » au CAPC de Bordeaux

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Deux d’entre eux sont d’ailleurs présents en début de parcours sous la forme de photographies prises par l’artiste en Chine. L’un des deux est en plastique, car il s’agit d’une reproduction destinée à remplacer un arbre trop ancien et fragile, jusqu’à céder en 2005 sous le poids des vœux. D’emblée, l’artiste compose ainsi bien plus qu’une installation participative (et éminemment joueuse, il suffit de regarder la joie du public pour s’en convaincre), et ouvre la réflexion sur notre lien à la nature, sur notre manie de la dompter et de la faire ployer sous le poids de nos désirs.

« La nef est transformée en un vivarium démesuré dans lequel nous évoluons sans savoir véritablement si nous sommes protégés ou piégés par cette lumière enveloppante. »

Cédric Fauq

L’œuvre ne s’arrête pas là. À la façon d’un oignon, il faudra pour la comprendre détacher une à une les couches qui la composent – jusqu’à troubler quelque peu tant ses significations et références sont nombreuses. Une puissante lumière verte métamorphose ainsi l’atmosphère du CAPC : l’artiste en a eu l’inspiration en visitant les réserves du musée, où il a trouvé un appareil nommé Insectron, lequel diffuse une lumière verte censée attirer et tuer les insectes qui pourraient abîmer les œuvres.

Soleils verts

« La nef est transformée en un vivarium démesuré dans lequel nous évoluons sans savoir véritablement si nous sommes protégés ou piégés par cette lumière enveloppante », précise le commissaire. Encore une fois, il est question de notre rapport de domination au vivant, et du miroir qu’il tend à notre relation avec nous-mêmes, êtres fragiles malgré les démonstrations de force. De cette lumière à une autre, il n’y a qu’un pas que franchit le titre de l’exposition, « Jardin des neufs soleils », et les neuf installations lumineuses correspondantes, réparties un peu partout dans la nef.

Vue de l’exposition « Trevor Yeung. Jardin des neuf soleils » au CAPC de Bordeaux

Vue de l’exposition « Trevor Yeung. Jardin des neuf soleils » au CAPC de Bordeaux

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Comme la plupart des œuvres de l’artiste, ces Chaotic Suns sont composées d’objets existants comme des ampoules, du métal, des prises ou des plantes en plastiques, et sont la relecture d’un mythe chinois totalement méconnu en France : « Le mythe dit qu’il y avait, à l’origine, dix soleils qui avaient pour habitude de traverser le ciel un par un, rythmant le temps de semaines de dix jours, résume Cédric Fauq. Jusqu’au moment où les soleils décidèrent de traverser le ciel ensemble, pour rompre la solitude de leurs courses, provoquant sécheresse et incendies. Alors, l’empereur Yao demanda à l’archer céleste Houyi d’abattre neuf soleils, pour n’en laisser plus qu’un. »

Une proposition labyrinthique

Chacune des sculptures lumineuses a donc été pensée tel un soleil en pleine chute, et leurs formes sont d’inspirations variées, un corbeau à trois pattes, un diamant taillé, « ou encore la structure en double hélice de l’ADN ». Le sol lui-même a été recouvert d’un simili-goudron paré de vernis mêlé à des paillettes phosphorescentes, formant comme un ciel cosmique inversé. Troublant nos repères, l’artiste joue de chaque détail avec la perception des spectateurs. Il déplace l’entrée habituelle de la nef, et disperse tout autour six rideaux de six couleurs différentes (les mêmes que les rubans) ; en passant à l’extérieur de l’installation, on en voit parfaitement les nuances, mais dès lors que l’on entre, la lumière verte les annule complètement…

Vue de l’exposition « Trevor Yeung. Jardin des neuf soleils » au CAPC de Bordeaux

Vue de l’exposition « Trevor Yeung. Jardin des neuf soleils » au CAPC de Bordeaux

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Ainsi le geste de Trevor Yeung est l’un des plus complexes que l’on aura vu dans la nef, et demande un accompagnement précis du visiteur – certes fourni par les textes et la médiation. Mais la flèche semble manquer sa cible. Car si la proposition participative est généreuse, et l’immersion dans la lumière verte une expérience inoubliable, ce « Jardin des neufs soleils » nous aura paru bien labyrinthique, et sa réflexion sur notre rapport à l’environnement quelque peu diluée dans une multitude de propositions et de perceptions.

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Trevor Yeung. Jardin des neuf soleils

Du 24 mars 2026 au 20 septembre 2026

www.capc-bordeaux.fr





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