Pierre Molinier, un sulfureux photographe au cœur d’une importante biographie


Souvenez-vous : il y a trois ans, le Frac Nouvelle-Aquitaine de Bordeaux défrayait la chronique en consacrant au peintre et photographe Pierre Molinier (1900–1976) une rétrospective interdite aux mineurs – un service de garderie était même proposé aux visiteurs pour l’occasion.

Provocant, sulfureux, fétichiste, l’artiste bordelais n’est en effet pas une figure facile à exposer, expliquer, justifier. Celui qui composait de fascinantes images kaléidoscopiques de corps gainés de noir mais qui clamait s’être masturber sur le corps mort de sa sœur suscite encore aujourd’hui fascination et dégoût. Pour y voir plus clair, et à l’occasion du cinquantenaire de sa mort, paraît une importante biographie coéditée par Mollat et L’Arbre vengeur : Molinier. Une vie d’enfer.

« Un maître de la création photographique aussi incontesté qu’admiré. »

Celle-ci, signée Pierre Petit, est en réalité la réactualisation précise d’un texte datant de 1992. À l’époque, un peu plus de quinze ans après sa mort, l’artiste jouissait essentiellement d’une reconnaissance bordelaise ; « une trentaine d’années plus tard, explique l’auteur, Molinier a acquis une dimension internationale, devenant un maître de la création photographique aussi incontesté qu’admiré. »

Un artiste reconsidéré autant par le marché que par le mouvement queer

Couverture de « Molinier, une vie d’enfer »

Couverture de « Molinier, une vie d’enfer »

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Ses œuvres intéressent de plus en plus le marché de l’art, et leurs prix s’envolent – jusqu’à 100 000 euros pour l’une de ses rares peintures érotiques, Le Réveil de l’ange, précise encore l’auteur.

Surtout, l’homme aux 1001 paradoxes est actuellement reconsidéré par les mouvements queer : malgré son hétérosexualité affichée (il a été un mari infidèle et un père atroce), cet « anarchiste de droite très individualiste », comme le définissaient les commissaires de l’exposition du Frac, est aussi un homme à la sexualité libre, qui n’a cessé d’affirmer son désir d’être une femme.

Au vu de ce succès nouveau, et de la « quantité de documents » qui ont refait surface ces dernières années, Pierre Petit a donc estimé qu’il fallait enrichir sa biographie de 1992 et lui apporter une passionnante version enrichie. « Il est heureux, et significatif, que cette reprise soit réalisée par des éditeurs de Bordeaux, une ville qui a tant ignoré Molinier », se félicite encore l’auteur.

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Molinier, une vie d’enfer

Pierre Petit





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