Des plus grandes institutions aux plus petits établissements, nos musées sont toujours à la recherche de nouveaux trésors. Chaque année, ils étoffent leurs collections par le biais d’acquisitions ou de généreuses donations. Parmi elles se glissent des chefs-d’œuvre qui valent le détour, et dont certains sont déjà visibles dans leurs salles.
Les uns sont signés de maîtres célèbres comme Giambattista Tiepolo, Gustave Courbet ou Raoul Dufy. D’autres mettent en lumière des talents oubliés ou méconnus, tels l’artiste belge Adèle Kindt, le caravagesque Louis Finson, ou le maniériste italien Ruggiero de Ruggieri. D’un portrait d’apparat à une scène humoristique, en passant par des icônes chrétiennes d’Orient et un ensemble de photographies, place aux douze plus belles pépites qui ont intégré nos musées en 2025.
L’Atelier de la rue Jeanne-d’Arc de Raoul Dufy

Raoul Dufy, L’Atelier de la rue Jeanne-d’Arc, 1942
Huile sur toile • 37,5 × 95,5 cm • Coll. musée d’art Hyacinthe Rigaud, Perpignan
Issu d’une série des années 1930–1940, ce charmant tableau de Raoul Dufy, préempté en novembre dernier par la Ville de Perpignan lors d’une vente aux enchères publique chez Drouot, sera bientôt accroché au musée Hyacinthe-Rigaud. Le peintre s’y représente à son chevalet, dans son atelier perpignanais. Comme sur une petite scène de théâtre, on y voit quelques objets fétiches, sa compagne posant nue sur un sofa, et une petite vue de la rue. Un bijou emblématique de son style joyeux : des traits noirs esquissés par-dessus de lumineux aplats de couleurs.
Musée d’art Hyacinthe Rigaud
21 Rue Mailly • 66000 Perpignan
www.musee-rigaud.fr
Polichinelle coupable de Tiepolo

Giambattista Tiepolo, Polichinelle coupable, vers 1740–1745
Huile sur toile • 102 × 164 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
Ce rare tableau témoigne des audaces savoureuses du peintre vénitien Giambattista Tiepolo : pendant un festin, un Polichinelle est surpris par six comparses (eux aussi vêtus de costumes de la commedia dell’arte) en train de déféquer en plein air. À travers ces personnages ventrus, souvent avinés ou victimes d’indigestions, l’artiste livre une caricature amusée de ses compatriotes. Acquise par le musée du Louvre en décembre 2024 lors d’une vente publique à Londres pour près de 2,95 millions d’euros, l’œuvre a pour pendant La Cuisine de Polichinelle, conservée à la Leeds Castle Foundation.
Rue de Rivoli • 75001 Paris
www.louvre.fr
Portrait d’Anne d’Autriche et de son fils Louis XIV par Charles et Henri Beaubrun

Charles et Henri Beaubrun, Portrait d’Anne d’Autriche et de son fils Louis XIV, 1644 -1645
Huile sur toile • 194 × 155 cm • Coll. Château de Versailles et Trianons • © Osenat
C’est lors d’une vente publique en mai dernier que le château de Versailles a préempté ce beau portrait de Louis XIV enfant et de sa mère. Sous une tente, un paysage boisé à l’arrière-plan et un petit chien à leurs pieds, les peintres Henri et Charles Beaubrun les représentent dans de somptueux atours, rendus en détail avec une virtuosité illusionniste. Bien que déjà souverain depuis deux ans, Louis porte encore la robe réservée aux petits garçons. L’œuvre a été peinte peu avant son septième anniversaire – un moment politique clé marquant son entrée dans « l’âge de raison ».
Château de Versailles
Château : ouvert tous les jours sauf le lundi, de 9h à 18h30
Parc : ouvert tous les jours, sauf météo exceptionnelle, de 7h à 20h30
78000 Versailles
www.chateauversailles.fr
Ulysse et les sirènes de Ruggiero de Ruggieri

Ruggiero de Ruggieri, Ulysse affrontant les sirènes et traversant le détroit de Charybde et Scylla (ou Ulysse et les sirènes, 1569
Huile sur toile • 149 × 207 cm • Coll. Château de Fontainebleau • © GrandPalais Rmn presse / Sylvie Chan-Liat
Sirènes étranges, rochers escarpés, colonnes antiques émergeant de flots tourbillonnants… Cette composition théâtrale aux forts contrastes et saisissante de profondeur illustre un épisode célèbre de L’Odyssée : Ulysse se faisant attacher au mât de son navire pour ne pas céder au chant tentateur des sirènes. Ce chef-d’œuvre maniériste de la Renaissance a intégré le parcours permanent du château de Fontainebleau grâce au mécénat de la société japonaise Yagi Tsusho Limited. Il constitue la dernière copie-témoin, par l’artiste italien Ruggiero de Ruggieri, de sa galerie d’Ulysse, superbe décor bellifontain détruit par Louis XV en 1738.
Château de Fontainebleau
77300 Fontainebleau
www.musee-chateau-fontainebleau.fr
Allégorie de la Poésie d’Élisabeth Vigée Le Brun

Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Allégorie de la Poésie, 1774
Huile sur toile • 80 × 65 cm • Coll. musée Fabre, Montpellier • © Artcurial
Cette œuvre rare d’Élisabeth Vigée Le Brun peinte en 1774 a été préemptée à 328 000 euros par le musée Fabre de Montpellier lors d’une vente aux enchères d’Artcurial en septembre, qui dispersait la collection de la malouinière de Bos, riche demeure du XVIIIe siècle située à Saint-Malo. L’artiste française, future peintre de la cour de France, est âgée de seulement 19 ans lorsqu’elle signe cette allégorie de la Poésie, représentée sous les traits d’une femme nue en train d’écrire. Peinture d’histoire, nu féminin, femme lettrée : tout dans ce tableau traduit l’audace et l’ambition précoces de l’artiste, particulièrement remarquables en cette époque peu favorable aux femmes peintres.
39 Boulevard Bonne Nouvelle • 34000 Montpellier
museefabre.montpellier3m.fr
Portrait de George Rodier par Jacques-Émile Blanche

Jacques-Émile Blanche, Portrait de George Rodier, 1889
Huile sur toile • 100 × 65 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay / Sophie Crépy
Acquis par le musée d’Orsay auprès de la galerie Robilant+Voena, ce portrait peint par Jacques-Émile Blanche, à Dieppe en 1889, représente, selon les auteurs du catalogue raisonné du peintre, le dramaturge Georges de Porto-Riche. Selon Orsay, il s’agirait en réalité de Charles Edmond Georges Rodier, dit George Rodier : un mondain, homosexuel notoire et dessinateur amateur, qui fréquentait le même salon parisien que Jacques-Émile Blanche et Marcel Proust, auquel il aurait même inspiré le personnage de Legrandin dans À la recherche du temps perdu. Accompagné d’un petit chien noir, l’homme à la pose mélancolique, un doigt posé sur la tempe, porte une cravate jaune pâle et un costume rayé ivoire et gris, tenue alors très à la mode dans les stations balnéaires. L’élégant à moustache apparaît comme un pendant du portrait (célèbre) du jeune Marcel Proust du même peintre, également conservé à Orsay. Un duo mondain et Belle Époque à souhait !
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing • 75007 Paris
www.musee-orsay.fr
272 icônes chrétiennes d’Orient

Le Concile de Nicée, 1637
Icône, tempera sur bois • 85 × 120 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © GrandPalais Rmn presse / Julien Vidal
En février, pour un montant confidentiel, le Louvre a acquis une collection privée de 272 icônes chrétiennes d’Orient datant du XVe au XXe siècles. Réunies par l’homme d’affaire Georges Abou Adal entre 1952 et les années 1970, ces précieuses œuvres de diverses origines (grecque, russe, balkanique…), parées d’or et de couleurs chatoyantes, constitue l’un des ensembles les plus remarquables du genre. Ce dernier prendra place au cœur du futur département des Arts de Byzance et des chrétientés d’Orient, dont l’ouverture est prévue pour 2027.
Rue de Rivoli • 75001 Paris
www.louvre.fr
Portrait du peintre Eric Forbes-Robertson par Émile Bernard

Émile Bernard, Portrait du peintre Eric Forbes-Roberston, 1892
Huile sur toile • 65 × 53,2 cm • Coll. musée de Pont-Aven • Photo Bernard Galeron
Peint par Émile Bernard en 1892 lors de son dernier séjour à Pont-Aven, dans le Finistère, ce portrait représente le peintre britannique Eric Forbes-Robertson, avec deux paysannes bretonnes esquissées à l’arrière-plan. Resté dans la même collection privée depuis 1954, ce tableau rare au style synthétique, typique du cloisonnisme, est désormais l’une des œuvres majeures du musée de Pont-Aven, qui fête cette année ses 40 ans. L’institution l’a acquis grâce à une souscription réunissant des aides publiques, ainsi que 51 290 euros collectés via une plateforme en ligne auprès de 189 donateurs.
Musée de Pont-Aven
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h
Place Julia • 29930 Pont-Aven
www.museepontaven.fr
Marie Stuart au château de Loch-Leven, effet de lune d’Adèle Kindt

Marie-Adélaïde Kindt dite Adèle, Marie Stuart au château de Loch-Leven, effet de lune, 1829
Huile sur toile • 95 × 120 cm • Coll. musée des Beaux-Arts de Dijon • © musée des Beaux-Arts de Dijon / François Jay
Acquis auprès de la galerie Christian Le Serbon, ce superbe tableau du XIXe siècle, de style troubadour, est la première œuvre de l’artiste belge Adèle Kindt à entrer dans les collections du musée des Beaux-Arts de Dijon. Avec une précision historiciste, la peintre y représente Marie Stuart, reine d’Écosse, emprisonnée dans une tour du château de Loch-Leven à Édimbourg. Baignée par la lueur mystérieuse de la lune, la captive en robe précieuse rêve de s’échapper – ce qu’elle fera quelques années plus tard, déguisée en servante.
Musée des Beaux-Arts de Dijon
1 Place de la Libération • 21000 Dijon
musees.dijon.fr
906 Polaroid de Nobuyoshi Araki

Nobuyoshi Araki, Sans titre, 1990 2024 (2), 1990–2024
Polaroïd • Coll. musée Guimet, Paris • © Nobuyoshi Araki / Photo Nicolas Fussler Photographe
Voilà une donation si exceptionnelle que le musée Guimet (musée national des Arts asiatiques) a d’abord cru à un canular ! Par un simple mail, un certain Stéphane André a notifié à l’institution son désir de lui offrir sa collection de près d’un millier de Polaroid du photographe japonais Nobuyoshi Araki, accumulés pendant plus de deux décennies à partir des années 2000. Sexe, érotisme, fleurs vénéneuses, corps féminins… Ces images poétiques, spontanées et sensuelles déclinent les obsessions habituelles de l’artiste pour composer un fascinant journal intime.
Musée national des arts asiatiques – Guimet
6, place d’Iéna • 75116 Paris
www.guimet.fr
Scène de chasse sous la neige de Gustave Courbet

Gustave Courbet, Scène de chasse sous la neige, 1864
Huile sur toile • 46 × 55 cm • Coll. musée de la Chasse et de la Nature, Paris
Dans un paysage hivernal féerique, un cerf et des biches s’enfuient d’un bois en direction d’un lac gelé, laissant deviner des chasseurs à leur poursuite. Conservée dans une même collection privée depuis plus de 100 ans, cette peinture inédite de 1864 du peintre réaliste Gustave Courbet a été acquise par le musée de la Chasse et de la Nature. Pratiquant lui-même la chasse par temps de neige (interdite depuis 1844), Courbet a peint plusieurs tableaux sur ce thème, dont le plus célèbre reste le monumental Hallali du cerf, pièce phare du musée des Beaux-Arts de Besançon.
Musée de la Chasse et de la Nature
62, rue des Archives • 75003 Paris
www.chassenature.org
Saint-Sébastien de Louis Finson

Louis Finson, Saint-Sébastien, 1612
Huile sur toile • 147,5 × 114,5 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Marseille • © Ville de Marseille / Anthony Carayol
Peint en 1612, ce chef-d’œuvre du peintre flamand Louis Finson a été offert à la ville de Marseille par la fondation JG, abritée par la fondation La Sauvegarde de l’art français, qui l’a acquis cette année aux enchères. Tête renversée, le corps criblé de flèches dans un saisissant clair-obscur, ce saint Sébastien témoigne de l’influence directe de Caravage sur cet artiste, qui fut l’un des premiers propagateurs de ce style en Europe. Estimé à 500 000 euros, ce nouveau fleuron du musée des Beaux-Arts de Marseille constitue la plus importante donation reçue par la cité phocéenne depuis le début du XXe siècle.
Musée des Beaux Arts de Marseille
9 Rue Edouard Stephan • 13004 Marseille
musees.marseille.fr
Le Triptyque impérial Fabergé (1895) du maître orfèvre Mikhaïl Evlampievitch Perkhine, chef-d’œuvre d’art russe acquis par le Louvre.
Femme et chiens, et Trois cerfs (1927), deux bas-reliefs Art déco d’Ossip Zadkine, issus de l’ancien hôtel particulier de Lucie Mayen, préemptés fin novembre par le musée Zadkine.
Vue du port de Brest, prise de la cale de la Vieille Intendance, au moment du débarquement du général Hoche, par Louis-Philippe Crépin (1798), acquise par le musée de la Marine.
Donation de 180 œuvres par le galeriste Kamel Mennour au fonds du musée d’Art moderne de Paris, dont le contenu n’est pas encore dévoilé et qui donnera lieu à une exposition en 2027.
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