Frank Gehry, architecte à l’audace sans limites, est mort à 96 ans


L’un des plus grands inventeurs de l’architecture contemporaine vient de rendre son équerre. Ce vendredi 5 décembre, le célèbre Frank Gehry (1929–2025) est décédé à l’âge de 96 ans à son domicile de Santa Monica, des suites d’une courte maladie respiratoire.

Cet Américano-Canadien au style unique avait fait du pli et de la courbe ses armes contre la tyrannie du fonctionnel, de l’angle droit, de la symétrie et des formes figées. Semblables à des sculptures en mouvement, ses créations audacieusement désordonnées ont repoussé les limites physiques et logiques de l’architecture pour la faire entrer dans le monde des rêves… Et donc, plus que jamais, de l’art.

Le Guggenheim de Bilbao, son chef-d’œuvre 

D’allure follement expérimentale, les bâtiments complexes de ce « Picasso de l’architecture », comme on le surnommait, donnent l’impression d’être pensés en direct, d’évoluer sous nos yeux telles des maquettes en cours. Le musée Guggenheim de Bilbao, inauguré en 1997, reste son œuvre phare : un vaisseau rutilant en titane et en acier aux courbes fluides et aux formes dansantes, doté de volumes intérieurs immenses, mêlant grandes parois blanches et courbes, passerelles curvilignes offrant des points de vue plongeants, baies vitrées vertigineuses, grande verrière zénithale, jeux de perspectives et diversité des espaces incitant à l’exploration.

Le musée Guggenheim de Bilbao dessiné par Franck Gehry

Le musée Guggenheim de Bilbao dessiné par Franck Gehry




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© FMGB, Guggenheim Museum Bilbao, 2022 / Photo Erika Ede

Les deux autres réalisations majeures de ce savant fou du bâti demeurent le Walt Disney Concert Hall à Los Angeles (2003), un paquebot métallique souple s’élançant dans le ciel urbain, ainsi que l’audacieuse fondation Louis Vuitton, inaugurée à Paris en 2014 : un étrange voilier déstructuré, composé de douze gigantesques voiles de verre, comme gonflées par le vent – réalisées grâce à l’invention d’un verre courbé au millimètre près –, et de panneaux en béton fibré d’un blanc immaculé. Une véritable prouesse technique !

Des bâtiments marqués par une grande liberté des formes

Sa propre demeure de Santa Monica, édifice aux formes biscornues bricolé en 1978 autour d’un bungalow, annonce ses futures folies déconstructivistes.

Né en 1929 à Toronto (Canada) dans une famille juive d’immigrés russes et polonais (d’un père travaillant dans le commerce de matériaux de construction, et d’une mère musicienne) sous le nom d’Ephraïm Owen Goldberg, cet artisan de l’impossible adopte en 1954 le pseudonyme de Frank O. Gehry. En 1947, il s’installe à Los Angeles, où il étudie l’architecture à l’Université de Californie du Sud, débute sa carrière (en travaillant d’abord avec le moderniste Victor Gruen, ainsi qu’avec William Pereira) puis ouvre son agence en 1962.

Dans les années 1970, Gehry conçoit des maisons pour ses amis, ainsi que le centre commercial Santa Monica Place. Sa propre demeure de Santa Monica, édifice aux formes biscornues bricolé en 1978 autour d’un bungalow, annonce ses futures folies déconstructivistes. En 1984, il se fait remarquer avec le California Aerospace Museum de Los Angeles, de la façade duquel semble décoller un jet, et en 1985, avec le Binoculars Building, dans le quartier de Venice, devenu le fief de Google Los Angeles et auquel il donne la forme d’une paire de jumelles géantes.

La maison dansante (Tančící dům) à Prague de Frank Gehry et Vlado Milunić

La maison dansante (Tančící dům) à Prague de Frank Gehry et Vlado Milunić




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En 1989, après avoir inauguré le Vitra Design Museum à Weil-am-Rhein, près de Bâle, tout en diagonales, courbes et béton blanc immaculé, Gehry remporte le prestigieux prix Pritzker, « Nobel » de l’architecture. Parmi ses autres créations figurent notamment l’American Center à Paris (1994), bâtiment aujourd’hui occupé par la Cinémathèque française, l’étonnante « Maison dansante » à Prague (1996), la délirante tour Luma Arles, inaugurée en 2021 pour abriter la fondation-campus de Maja Hoffmann, l’hôtel Marqués de Riscal à Elciego en Espagne (2006), le Lou Ruvo Center for Brain Health à Las Vegas (2010), ou encore la tour du 8 Spruce Street à New York (2011) culminant à 265 mètres – ce qui en faisait alors la plus haute tour résidentielle d’Occident.

Toute sa vie, il créa aussi des sculptures lumineuses en forme de carpes géantes – la silhouette souple de ce poisson et ses écailles étant pour lui une source intarissable d’inspiration. S’ils n’ont pas tous convaincu en raison de leur audace parfois extrême, ses bâtiments ont ouvert une brèche dans l’histoire de l’architecture : celle d’une liberté et d’une créativité sans limites.





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