À la fondation Vuitton, la peinture existentielle de Gerhard Richter


C’est un coup de théâtre qui secoue la scène artistique et laisse sans voix ses principaux acteurs et spectateurs lorsque Gerhard Richter, l’un des artistes vivants les plus célébrés, annonce en 2017 qu’il en a fini avec la peinture. Lui, le peintre des portraits envoûtants aux contours flous, des vanités contemporaines inoubliables, des paysages évanescents mélancoliques, des nuanciers sans repères au format XXL, des abstractions composées à la manière de palimpseste sur des fragments du réel, dépose pinceaux, palettes, photos et chevalet.

Alors âgé de 85 ans, Richter est venu à bout du médium ; il n’y reviendra pas. Le cycle des quatre grands tableaux consacrés à Birkenau, qu’il a achevés trois ans plus tôt et qui lui ont donné tant de mal, que beaucoup considèrent comme l’aboutissement d’une vie, n’est probablement pas étranger à cette décision. Ce monument pictural, cette œuvre testament clôt son parcours de façon magistrale.

Tout commence en 1962 avec une table

Si Birkenau représente l’aboutissement de sa destinée de peintre, dès lors, on est tenté de se demander quelle en serait la première œuvre… Une Table (Tisch en allemand), peinte en 1962, répond sans hésiter Richter, qui la fait figurer comme numéro 1 de son catalogue raisonné. Un objet du quotidien recouvert d’un nuage abstrait de matière grise comme si l’artiste avait cherché à l’effacer. Une tabula rasa du passé, puisqu’il s’agit aussi du premier tableau que l’artiste réalise après avoir quitté son Allemagne de l’Est natale pour gagner l’Ouest.

Gerhard Richter, Tisch [Table]

Gerhard Richter, Tisch [Table], 1962

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huile sur toile • 90 × 113 cm • Collection particulière • © Gerhard Richter 2025 (0101)

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