Nul n’imaginait qu’un accident lié à la radioactivité et à la sûreté nucléaire pouvait survenir dans un musée. Pourtant, le journal Le Monde a révélé le 29 septembre qu’un restaurateur spécialisé en métaux archéologiques travaillant pour le C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France) avait été irradié le 22 juillet dernier par le faisceau de rayons d’un accélérateur de particules dans les sous-sols du Louvre…
Il s’agit du troisième « incident grave » lié à la radioactivité à avoir été observé en France depuis 1981 par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), et du plus sérieux enregistré depuis dix-sept ans. Classé niveau 3 sur l’échelle INES (l’échelle internationale des évènements nucléaires et radiologiques, ayant servi à évaluer Tchernobyl et Fukushima), celui-ci a en effet causé à la victime une brûlure radiologique.
Bien que cette dernière soit de premier degré (limitée à une rougeur de la peau), le restaurateur est suivi médicalement et psychologiquement, une blessure de cette origine étant susceptible de provoquer des conséquences graves sur la santé globale du patient. Ce dernier point dépendant de la dose d’irradiation qui, dans le cas présent, n’a pas été communiquée. Selon Yves-Marie Caupos de la CGT-Culture, « le salarié est très angoissé des répercussions à long terme sur son organisme ». Il est « le seul à avoir été touché » a affirmé Jean-Michel Loyer-Hascoët, directeur du C2RMF, à l’AFP.
Un dysfonctionnement dans la sécurité
Installé au Louvre depuis 1988, l’accélérateur de particules en question, baptisé « Aglaé », est le seul au monde à être dédié exclusivement à l’étude d’œuvres d’art et d’objets patrimoniaux, dont il identifie la composition des matériaux en les bombardant de protons – des particules élémentaires lourdes de charge positive qui, avec les neutrons, constituent le noyau des atomes. Cet instrument, qui analyse chaque année des centaines d’objets, avait été amélioré en 2017 pour devenir le « Nouvel Aglaé ».

AGLAE au C2RMF, un appareil pour l’analyse chimique des pièces d’art et archéologiques, juin 2024
Comment, alors, un tel accident a-t-il pu se produire ? Selon le journal Le Monde, une « série de défaillances humaines et techniques » serait en cause. L’analyse ayant duré plus longtemps que d’habitude, le restaurateur, qui menait une série de tests avec un collègue sur un fragment de trompette gallo-romaine retrouvé à Bavay, a pénétré dans la salle vitrée où se trouvait l’accélérateur, sans avoir vérifié sur la console installée en salle de commande que le processus était bien terminé.
En temps normal, le retrait de la clé permettant d’ouvrir la salle aurait dû déclencher un automate de sécurité qui aurait arrêté la machine, mais ce dernier ne s’est pas actionné en raison d’un capteur défectueux. Les signaux rouges indiquant le fonctionnement d’Aglaé étant mal positionnés, le restaurateur ne les a pas vus, et a ainsi été brûlé en saisissant l’objet analysé.
Des mesures prises pour améliorer la protection des utilisateurs
Lors d’une inspection réalisée le 30 juillet, l’ASNR a constaté de nombreux manquements importants : absence de registre des défectuosités et des réparations des appareils, vérifications et contrôles non réalisés dans les délais prévus, travailleurs entrant en zone surveillée sans autorisation, et jamais équipés d’un dosimètre opérationnel… « Il y a un manque de culture de radioprotection dans les établissements de recherche ou culturels, où souvent les rudiments de la réglementation ne sont pas respectés », souligne dans Le Monde Christophe Quintin, inspecteur en chef de l’ASNR.

AGLAE, l’accélérateur de particules du C2RMF au Louvre, juin 2024
« L’automate de sécurité est réparé aujourd’hui », a assuré à l’AFP Jean-Michel Loyer-Hascoët. Un nouveau système de formation des utilisateurs a été, depuis, instauré, et le C2RMF espère redémarrer Aglaé en novembre après avoir mis en place une « série de mesures correctives » demandées par l’ASNR.
La CGT-Culture a annoncé qu’une réunion extraordinaire de la Formation spécialisée en Santé et Sécurité et Conditions de Travail (F3SCT) du C2RMF s’est tenue le 17 septembre. Une réunion commune avec les représentants du Louvre devrait se tenir le 9 octobre, les agents du musée assurant la sécurité de nuit des locaux du C2RMF. Ce scandale intervient alors que l’institution se lance dans un chantier colossal suite à la constatation, notamment, d’importants problèmes de vétusté dans le bâtiment.
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