Une expo gratuite à Paris célèbre le street art libre de Miss.Tic


On est cueilli par une présence dès l’entrée. Face à nous, l’atelier de l’artiste a été reconstitué : ses bombes, sa colle en spray posés ; son béret et le Rimbaud de son ami Ernest Pignon-Ernest accrochés. Au mur, sur fond rouge signal, on reconnaît la silhouette aux longs cheveux bruns de Miss.Tic.

Enfin, ces mots : « Je suis partie pour rester ». Trois ans après sa disparition, la poétesse au pochoir est revenue nous parler dans une exposition à la galerie Mathgoth en forme d’hommage rassemblant une soixantaine d’œuvres issues de la collection personnelle de ses beaux-enfants et ayants droit, Charlotte et Antoine Novat : « à la vie, à l’amor », avait-elle écrit.

Des œuvres jamais montrées

Thierry Bouët, Portrait de Miss.Tic dans son atelier

Thierry Bouët, Portrait de Miss.Tic dans son atelier, 2008

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Photographie • Thierry Bouët

Après avoir conquis les visiteurs d’une grande expo au Palais des papes à Avignon, en 2024, Miss.Tic « la Parisienne » retrouve sa ville, ces rues qu’elle a tant aimées, tant arpentées. À deux pas de la BnF, à un jet de pierre de là où l’artiste avait son dernier atelier, la galerie Mathgoth – 300 m2 de béton brut – creuse un itinéraire sensible, entre silhouettes de femmes qui n’ont pas froid aux yeux et aphorismes manifestes. Des matrices inédites de ses pochoirs, des dessins préparatoires, des photos d’archives personnelles et un film tourné en famille dans l’intimité de son atelier, achèvent de brosser le tableau d’une vie sans musée ni piédestal, mais farouchement libre.

Une parole toujours actuelle

« Miss.Tic, c’était autant la précision du geste que la vivacité de l’esprit, autant la capacité à troubler qu’à attendrir. »

Antoine Novat

Dès les années 1980, Radhia Novat, alias Miss.Tic, a fait des murs de la capitale une page blanche pour formuler ses révoltes et sa poésie (« Détruire ce qui nous détruit ») ; de véritables slogans de trottoirs comme « Vivre c’est de la bombe », tandis que « Miss.Tic présidente » s’affiche en une de Libération. Ses héroïnes en jupette noires déconstruisent les genres, chahutent les clichés avec espièglerie, jouent avec l’érotisme (même cru), sans jamais verser dans la caricature : « Le masculin l’emporte. Mais où ? ». « Miss.Tic, confirme son beau-fils Antoine Novat, c’était autant la précision du geste que la vivacité de l’esprit, autant la capacité à troubler qu’à attendrir. »

Miss.Tic, « La poésie est un luxe de première nécessité » sur la façade d’une boutique rue du Moulin-des-Prés, 13<sup>e</sup> arrondissement de Paris

Miss.Tic, « La poésie est un luxe de première nécessité » sur la façade d’une boutique rue du Moulin-des-Prés, 13e arrondissement de Paris

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Encre aérosol • © Atelier MissTic

Condamnée en 1999 pour « détérioration d’un bien par inscription, signe ou dessin » à une forte amende, Miss.Tic avait décidé très tôt de transposer son art en galeries, tel qu’il nous est donné de le découvrir dans cette première grande exposition posthume. Palissades, tôles, parpaings étaient de ses supports privilégiés, au même titre que les pochoirs sur toile, sur carton, ou sur des affiches lacérées dans l’esprit de Jacques Villeglé, autre pionnier du street art : « L’éthique c’est l’esthétique du dedans ». Ses messages sont restés d’une fraîcheur intacte.

Une reconnaissance récente des musées

« Vous reprendrez bien une ligne de poésie ? » L’engouement a aussi pris du côté des musées. Le Centre Pompidou a récemment acquis plusieurs pièces pour ses collections, et le musée Carnavalet s’intéresse de près pour 2027 à cette femme capitale. Après avoir « fait joli[e] sur les trottoirs de l’histoire de l’art », Miss.Tic, fidèle au titre de cette expo, est bien « partie pour rester ».

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Miss.Tic. Je suis partie pour rester

Du 27 septembre 2025 au 25 octobre 2025

mathgoth.com





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