« Et j’ai vu quand il a ouvert le sixième sceau. Oui, il y eut un gigantesque séisme. Et le soleil devenir noir comme un sac de deuil. Et toute la lune être comme ensanglantée… » Ainsi parle Jean, quand lui apparaît la vision du sixième sceau de l’Apocalypse, le plus spectaculaire des sept sceaux qui rythment ce texte légendaire. « Et les étoiles du ciel s’écraser sur la terre comme un figuier, secoué par un vent violent, jette à terre ses jeunes figues », poursuit ce visionnaire du Ier siècle après J.-C., avant d’annoncer les calamités qui bientôt déferlent sur le monde.
Alors que le ciel s’enroule sur lui-même, l’humanité se réfugie dans des cavernes, sous des rochers. Pluie de grêle, de feu, de sauterelles ; la mer tourne au sang, l’eau des fleuves au mortel amer. Près de deux millénaires après ces « révélations », pour reprendre l’étymologie grecque du terme « apocalypse », qu’entendons-nous aujourd’hui de ces trompettes ? Ces images de destruction qui s’enchaînent au rythme de sept sceaux, sept trompettes, sept coupes, que nous enseignent-elles, en 2025, sur la menace de la fin des temps ?
Un texte né d’une transe visionnaire
La passionnante exposition de la Bibliothèque nationale de France (BnF) digresse autour de ce texte fondateur pour en souligner l’écho à ce que nous traversons aujourd’hui. « Il nous importait que l’Apocalypse soit dite au présent, dans une lecture contemporaine du livre et de ses enjeux – vision, temps de l’imminence, espérance », souligne Jeanne Brun, l’une de ses commissaires. Inscrite dans la tradition des grandes expositions transhistoriques et transdisciplinaires de la BnF, à l’instar de « Tous les savoirs du monde » en 1996, elle vise à « s’interroger sur un terme constamment employé dans l’univers médiatique, jusque très récemment avec le cataclysme de Mayotte, et qui obsède les artistes actuels, en revenant à ce à quoi il était associé symboliquement au départ.

Beatus de Saint-Sever, folio 108 verso-109 recto, Gascogne (Saint-Sever), 3e quart du XIe siècle (avant 1072)
Manuscrit peint sur parchemin • 38,2 × 29 × 8,5 cm • Coll.Bnf • © Bnf
Nombre des œuvres de l’exposition semblent précisément observer leur époque depuis le souvenir du texte de Jean, depuis la possibilité d’un futur apocalyptique – c’est-à-dire un futur qui nous jugera. » Directrice adjointe du musée national d’Art moderne, elle a tenu à convoquer plusieurs artistes contemporains hantés par ces motifs.

Kiki Smith, Oiseau croissant de lune, 2015
argent • 29,2 × 20 × 7,6 cm • Coll. Kiki Smith • © Kiki Smith / courtesy Galerie Lelong & Co, Paris. Coll. et © BnF
De Kiki Smith à Ali Cherri ou Abdelkader Benchamma, leurs « révélations » conversent avec celles des anciens. « Ou comment se rapporter à la fois aux expériences du passé et à une vision de l’avenir pour donner sens au présent, pour bien agir dans notre temps et éviter éventuellement la catastrophe. Cette question était à nos yeux essentielle », poursuit Jeanne Brun.
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