Stockage de l’eau – Face au risque incendie accru, des cuves à vin deviennent réserves d’eau


Stockage d’eau dans des cuves à vin désaffectées, recherche de nouvelles sources pour remplacer les anciennes épuisées : les pompiers des Pyrénées-Orientales ont sonné la mobilisation générale, face à une sécheresse exceptionnelle qui accroît les risques d’incendie.

Pour remplir les 17 cuves choisies un peu partout dans le département, les pompiers récoltent des eaux jadis délaissées, comme celles qui stagnent hors saison dans des piscines.

Dans un camping de Salses, près de Perpignan, l’adjudant-chef Olivier Jacquet, une grosse pince à la main, branche un tuyaux immergé dans la piscine à la pompe portative apportée par les pompiers. Il lance ensuite la pompe qui transfère quelques milliers de litres d’eau vers le « camion-citerne grande capacité » (CCGC) rouge, garé une centaine de mètres plus loin.

« Éviter d’utiliser l’eau potable »

« On récupère l’eau du camping pour aller la mettre dans une cuve qui nous servira de réserve stratégique pendant la saison des feux de forêt et éviter d’utiliser l’eau potable des poteaux incendie qui sert à la population », explique le capitaine Olivier Cyprien, chargé notamment de la défense de la forêt au Service départemental incendie secours (SDIS).

Une fois le plein fait, le camion parcourt quelques kilomètres jusqu’à la cave coopérative de Rivesaltes, où il versera l’eau dans une cuve qui n’est plus utilisée pour stocker du vin. Prêtée par les vignerons, cette cuve en résine pourrait contenir jusqu’à 380 000 litres, bien au-delà des objectifs actuels du SDIS.

« On a été contacté par les pompiers dans le cadre du plan de prévention pour anticiper les besoins en eau », explique le directeur de la cave, Jean-Pierre Papy, devant la cuve faisant plusieurs fois sa taille.

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L’année dernière, un incendie a atteint le vignoble de la cave, raconte-t-il, ajoutant : « Si on peut contribuer à faciliter la lutte contre l’incendie, forcément, les vignerons et les administrateurs de la cave y sont très largement favorables ».

La convention signée entre le SDIS, la préfecture, la Chambre d’agriculture et le syndicat professionnel des coopératives agricoles, prévoit que les pompiers aient un accès prioritaire à l’eau stockée dans ces cuves. Les agriculteurs pourront aussi s’en servir, y compris pendant la saison des feux de forêt, à condition d’y avoir été expressément autorisés par les services de l’État.

Des sources d’eau épuisées

Par ailleurs, les pompiers ont dû rechercher de nouvelles sources d’eau dite « brute », d’origine naturelle mais non potabilisée, susceptibles d’alimenter leurs camions en cas d’incendie. « On avait une centaine de sources d’eaux brutes identifiées », réparties dans tout le département, rappelle Olivier Cyprien.

« Depuis le mois de mars, on s’est aperçu qu’avec la sécheresse, environ les deux tiers étaient épuisés. Donc, on a dû, avec les sapeurs-pompiers du département effectuer de nouvelles recherches d’eau brute », poursuit-il.

Chacune des 42 casernes de pompiers du département a ainsi répertorié de nouvelles sources, notamment dans des cours d’eau ou des canaux, permettant aux camions de s’approvisionner rapidement en cas d’incendie.

« Aujourd’hui, on en a récupéré encore une cinquantaine » pour compenser celles épuisées mais ces nouvelles sources pourraient aussi être asséchées : « Elles sont disponibles aujourd’hui, pas forcément demain », souligne le capitaine Cyprien.

Cette recherche est d’autant plus importante que l’action des avions bombardiers d’eau est aussi affectée par la sécheresse. « Il y avait trois lacs où les Canadair pouvaient aller écoper. Aujourd’hui, le niveau de ces lacs est trop bas. Ils sont obligés d’aller à l’étang de Salses », seul point d’approvisionnement possible, note-t-il. Or, « en fonction de la localisation du sinistre, ça rajoute du temps de vol et les Canadair sont moins longtemps » sur les lieux de l’incendie.

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Les Pyrénées-Orientales ont déjà été le théâtre du premier grand incendie de cette année en France. Parties le 16 avril de la commune de Cerbère, les flammes ont parcouru 1 000 hectares et traversé la frontière espagnole.

Ce département frontalier avec l’Espagne est le plus touché par la sécheresse en France. Il n’a pas connu une situation comparable depuis 1959, date des premières statistiques de ce type par département, selon des données de Météo-France.



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